4 Légitimité
Au-delà du prestige : quelles connaissances comptent en éducation ouverte ?

Suis-je légitime pour partager ? Cette question que nous nous posons tous et toutes est le point de départ de l’article de Marcela Morales (Mexique), co directrice exécutive d’Open Education Global. Son analyse et sa réponse devraient nous rassurer…
Cet article a été écrit originellement en anglais. Cette traduction IA au français a été relue et corrigée par l’équipe de la Chaire. On trouvera la version originale sur le site https://unitwin-unoe.org/partager-est-un-defi/ ou https://euniwell-open-education.univ-nantes.fr/.
Au-delà du prestige : quelles connaissances comptent en éducation ouverte ?
Quand le partage semble réservé à une petite élite
L’un des obstacles les plus persistants, mais aussi les moins visibles, à l’éducation ouverte est la légitimité. Il ne s’agit pas de technologie, de licences ou de politique institutionnelle. Il s’agit d’une croyance intériorisée qui murmure, parfois assez fort :
« Le partage n’a de valeur que pour une petite élite. À quoi bon partager mes cours ou mes plans de cours si je ne travaille pas dans un établissement prestigieux ? Je ne suis pas à ce niveau. »
Ce sentiment est largement répandu dans les contextes éducatifs du monde entier, qu’il s’agisse d’environnements formels ou informels, d’établissements disposant de ressources importantes ou limitées, ou de systèmes ayant des histoires, des missions et des attentes très différentes. Les enseignants peuvent être profondément engagés envers leurs élèves et très compétents dans leur pratique, mais douter néanmoins que leurs supports soient « assez bons » pour être partagés ouvertement.
La légitimité, en ce sens, est une construction sociale. Le prestige, les classements, l’image de marque des établissements et les cultures de publication influencent fortement la perception de la valeur des connaissances. L’éducation ouverte, malgré ses idéaux inclusifs, n’échappe pas à cette dynamique. Les référentiels, les conférences et les pratiques de citation peuvent involontairement renforcer les hiérarchies en amplifiant les voix déjà largement reconnues et validées.
Il en résulte une forme discrète mais puissante d’autocensure. Les éducateurs se retiennent non pas par manque d’expertise, mais parce qu’ils craignent d’être jugés sur leur contexte, leur approche, leur position institutionnelle ou sur la légitimité ou la pertinence de leurs contributions. Ces doutes ne sont pas abstraits ; ils sont exprimés à maintes reprises dans les espaces d’éducation ouverte :
- Mes supports sont trop basiques pour mériter d’être partagés.
- Mon contexte d’enseignement sera perçu comme étant moins rigoureux ou moins pertinent.
- Ce que je fais est trop local et spécifique pour avoir une importance au-delà de mon environnement.
- Je ne dispose pas du langage, du cadre ou du statut institutionnel appropriés pour apporter ma contribution.
Cette hésitation n’est pas anodine. Lorsque seuls ceux qui se sentent déjà légitimes partagent, l’écosystème de l’éducation ouverte devient plus restreint, moins diversifié et de plus en plus façonné par un ensemble limité de voix et d’expériences. Il en résulte une image incomplète de l’enseignement et de l’apprentissage, qui surreprésente les environnements bien dotés et sous-représente les réalités quotidiennes dans lesquelles se déroule l’essentiel de l’éducation.
Ironiquement, ce sont souvent ces contextes précis qui ont le plus besoin de ressources éducatives ouvertes et où celles-ci peuvent avoir le plus grand impact.
Redéfinir la légitimité : du prestige à la pratique
Si la légitimité est un obstacle, c’en est aussi un qui peut être démantelé, collectivement et intentionnellement.
Redéfinir ce qui compte comme expertise
L’éducation ouverte doit cesser d’associer la légitimité au prestige institutionnel. L’expertise ne se produit pas uniquement dans les institutions d’élite ; elle se construit grâce à une pratique soutenue, à une réflexion continue et à une écoute attentive des apprenants.
Le partage n’est pas une prétention à la perfection. C’est une invitation à tirer des enseignements de l’expérience pédagogique vécue.
Normaliser le partage « inachevé »
Un moyen efficace de réduire la barrière de la légitimité consiste à normaliser le partage de documents qui ne sont pas peaufinés, définitifs ou exhaustifs. L’éducation ouverte n’exige ni exhaustivité ni perfection ; elle repose sur la réutilisation, la révision et l’adaptation contextuelle. Le fait de le préciser explicitement dans les ateliers, les plateformes de dépôts et les appels à contributions contribue à modifier les attentes et indique que la contribution est un acte de participation et d’apprentissage collectif, et non une performance à évaluer.

Rendre le contexte visible, et non invisible
Les éducateurs craignent souvent que leur contexte institutionnel ou pédagogique soit perçu comme une faiblesse plutôt que comme une force.
Une leçon conçue pour des apprenants de première génération, des classes multilingues ou des environnements à faible bande passante revêt une forme de légitimité fondée sur l’honnêteté et la pertinence.
Construire une reconnaissance relationnelle, et non une reconnaissance fondée sur la réputation
La légitimité se construit à travers les relations, et non pas uniquement à travers la réputation.
Les pratiques de reconnaissance dans l’éducation ouverte doivent donner la priorité à la contribution, à l’attention et à la collaboration.
Nommer explicitement le problème
Enfin, la légitimité doit être abordée ouvertement.
Lorsque la légitimité est comprise comme un défi systémique commun plutôt que comme un déficit individuel, il devient plus facile de la reconnaître.
Le partage comme acte d’appartenance
Au fond, l’éducation ouverte ne concerne pas seulement l’accès aux ressources, c’est aussi appartenir à un patrimoine commun de connaissances.
La légitimité ne précède pas toujours le partage ; elle émerge souvent à travers l’acte de partage lui-même.
Surmonter l’obstacle de la légitimité implique de reconnaître que l’éducation ouverte est affaiblie lorsque seuls quelques-uns se sentent habilités à s’exprimer.
Remarque : l’intelligence artificielle a été utilisée pour faciliter la révision grammaticale et le processus de traduction. Le contenu, les idées et l’approche relèvent de la responsabilité de l’auteur.
Marcela Morales