Préface

Partager : une responsabilité éducative, un acte politique

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Le mot paraît simple. Familier, presque évident dans le monde de l’éducation. Enseigner, former, accompagner, transmettre : autant de pratiques que nous décrivons volontiers comme des actes de partage. Pourtant, derrière cette évidence apparente, se cachent encore de nombreuses résistances, hésitations, asymétries et parfois renoncements.

C’est précisément ce que cette remarquable série de contributions choisit d’explorer : non pas les promesses abstraites de l’éducation ouverte, mais les obstacles très concrets qui entravent encore le partage des savoirs, des ressources, des pratiques et des expériences pédagogiques.

En cela, cette initiative est profondément précieuse.

Précieuse parce qu’elle réunit des voix venues de quinze pays, de plusieurs continents, de contextes éducatifs, linguistiques et culturels différents.

Précieuse parce qu’elle assume le multilinguisme comme une richesse et non comme une difficulté à contourner.

Précieuse enfin parce qu’elle rappelle que l’éducation ouverte n’est pas seulement un enjeu technique ou juridique, une transformation pédagogique : elle engage une vision culturelle, scientifique et démocratique de l’université.

À Nantes Université, nous portons cette conviction avec force. L’ouverture constitue aujourd’hui l’un des marqueurs majeurs de notre identité institutionnelle : ouverture des savoirs, ouverture pédagogique, ouverture scientifique, ouverture aux territoires, aux publics, aux langues, aux coopérations internationales et aux communs numériques.

Cette vision s’inscrit pleinement dans les ambitions portées par l’UNESCO, notamment à travers la Recommandation sur les ressources éducatives libres adoptée en 2019, mais également dans la dynamique des Objectifs de développement durable des Nations Unies. L’ODD 4 — garantir une éducation de qualité, inclusive et équitable pour toutes et tous — ne pourra être atteint sans une politique ambitieuse de partage des connaissances et d’accès ouvert aux ressources éducatives.

À Nantes Université, nous défendons une conviction simple mais essentielle : les connaissances constituent un bien commun universel. Dès lors, son partage ne peut être considéré comme une option laissée à la seule bonne volonté individuelle. Il relève d’une responsabilité collective et institutionnelle.

Dans un monde traversé par de profondes inégalités d’accès au savoir, retenir, cloisonner ou réserver les ressources éducatives revient à affaiblir la promesse même de l’université. À l’inverse, ouvrir, mutualiser, documenter, traduire et diffuser les connaissances participe directement de notre mission de service public et de notre responsabilité sociale.

L’éducation ouverte nous rappelle ainsi une exigence fondamentale : les savoirs n’ont de véritable valeur que lorsqu’ils circulent, se discutent, se transforment et deviennent partageables par toutes et tous.

Le récent classement du Times Higher Education Impact Rankings, qui reconnaît l’engagement de Nantes Université en faveur de l’ODD 4 parmi les établissements les plus mobilisés au niveau international, constitue pour nous un encouragement important. Non comme une récompense symbolique, mais comme la reconnaissance d’une responsabilité : celle d’agir concrètement pour une université plus accessible, plus collaborative et plus émancipatrice.

Car l’éducation ouverte n’est pas un supplément d’âme de l’université contemporaine. Elle est devenue une nécessité.

Nécessité éducative, pour rendre les savoirs réellement accessibles et partageables.

Nécessité scientifique, dans un monde où les connaissances se construisent désormais dans des dynamiques ouvertes, collaboratives et internationales.

Nécessité démocratique, parce que la circulation des savoirs conditionne désormais notre capacité collective à comprendre, débattre et agir ensemble.

Nécessité sociale, enfin, face aux fractures éducatives, numériques et aux inégalités persistantes d’accès à la connaissance.

Le texte inaugural confié à Ahmed Ben Tahar Galai donne à cette série une portée particulière. Militant des droits humains, acteur du dialogue démocratique tunisien, membre de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, composante du Quartet récompensé par le Prix Nobel de la paix 2015, il rappelle avec une grande force symbolique que partager est toujours un acte profondément humaniste et politique. Son intervention ouvre cette série sous le signe du dialogue, de la dignité et de la confiance dans la capacité des savoirs à rapprocher les peuples.

Il fallait sans doute cette voix pour rappeler que l’éducation ouverte ne consiste pas seulement à diffuser davantage de contenus, mais à construire des sociétés capables de coopération, de reconnaissance mutuelle et de paix.

Dans un monde traversé par les tensions et les replis, l’éducation ouverte demeure aussi un projet de dialogue et de paix.

Cette aventure éditoriale et réflexive témoigne également de ce que l’éducation ouverte produit de plus fécond : des collectifs. Derrière chacun des textes publiés se trouvent des discussions, des traductions, des relectures, des médiations techniques, des débats intellectuels et des engagements souvent discrets.

Je souhaite ainsi saluer chaleureusement l’ensemble des autrices et auteurs ayant accepté de contribuer à cette série, ainsi que les équipes qui l’ont rendue possible : celles des réseaux UNOE et EUniWell, les équipes éditoriales des différents blogs partenaires, et tout particulièrement les membres de la Chaire UNESCO RELIA qui, une nouvelle fois, démontrent leur capacité à faire dialoguer recherche, pédagogie, coopération internationale et engagement citoyen.

Je voudrais également souligner, avec reconnaissance, l’impulsion donnée à cette initiative par Colin de la Higuera. Depuis de nombreuses années, il contribue, avec constance et exigence, à porter la nécessité de partager les savoirs, en créant des communautés nationales et internationales de réflexion et d’action en faveur de l’éducation ouverte. Cette série en est une nouvelle illustration : ambitieuse intellectuellement, ouverte linguistiquement et profondément collective.

Les pages qui suivent ne proposent ni doctrine unique ni réponse définitive. Elles offrent mieux : des expériences, des analyses, des doutes parfois, mais surtout des pistes concrètes pour continuer à construire une culture du partage.

Car partager n’est jamais automatique.

Partager s’apprend.

Partager se soutient politiquement.

Partager suppose des infrastructures, des reconnaissances, des droits, des collectifs et de la confiance.

Mais partager demeure, plus que jamais, l’une des conditions essentielles d’une université ouverte sur le monde et attentive aux grands enjeux de son temps.

Arnaud Guével

Vice-président Formation et Éducation ouverte
Nantes Université

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