Introduction

Partager… Nos défis pour 2026
Chaque année, au début du mois de mars, l’éducation ouverte est célébrée lors de l’OEWeek (semaine de l’éducation ouverte), promue par Open Education Global. Il s’agit d’un événement au cours duquel des groupes du monde entier promeuvent des idées et des projets liés à l’éducation ouverte.
En 2025, avec l’aide de nos ami·es du réseau UNOE et de l’Université européenne du bien-être EUniWell, nous avons identifié 23 bonnes raisons (en français, en anglais) en faveur de l’éducation ouverte. Puis nous avons lancé un appel et « recruté » des auteurs de 13 pays. En mars 2025, nous avons publié leurs contributions… 23 articles en 8 langues !
Cette année, c’est la question du partage qui nous a servi de fil conducteur. Tous les éducateurs, les enseignants, définissent volontiers ce qu’ils font avec le verbe « partager ». Et pourtant, quand on y regarde de plus près, ce partage est souvent limité.
Nous avons cette fois identifié seize obstacles ou défis au partage : certains sont réels et peuvent être liés à un manque de compétences technologiques ou juridiques. D’autres sont liés à nos propres limites, craintes, envies. Or, en 2026, nous avons besoin de mieux partager, donc comprendre ce qui nous bloque et recenser des idées et des solutions venant de tous les continents est une piste…
A nouveau, la communauté a répondu présent. Ils et elles étaient 30, représentant 15 pays des Amériques, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe.
Une belle surprise pour cette édition 2026. Nous avons eu un premier article d’Ahmed Galai pour lancer la série, sur la relation entre enseigner et partager. M. Ahmed Ben Tahar Galai est un militant des droits humains et des peuples, membre du comité directeur de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme de 2000 à 2016 (prix Nobel de la paix 2015 avec le Quartet du Dialogue National). Il est également membre du conseil scientifique de l’Institut Arabe des Droits de l’Homme et de la commission nationale pour la réforme du système éducatif tunisien.
Un Prix Nobel pour lancer notre série… Difficile de rêver mieux.
Les 14 auteurs et 16 autrices de 15 pays ont écrit 17 articles dans 6 langues… Des aller-retours productifs nous ont permis d’échanger avec elles et eux. Parfois c’est entre auteur.es que les conversations et débats ont eu lieu.
Merci aussi à celles et ceux que nous avons mis à contribution. Pour nous aider à traduire, pour mieux diffuser. Pour gérer des aspects techniques, parfois aussi juridiques. En particulier, Javiera Atenas et Victor González Catalayud pour les versions espagnoles et Mary Lavissière pour les complexités de la traduction des termes juridiques au français.
Il faut surtout dire que derrière le “nous” se cachent Solenn Gillouard pour le blog d’UNOE, Erwan Louërat pour le blog d’EUniWell et Lucie Grasset pour le blog de la Chaire RELIA.
Chacun de ses blogs a sa propre politique éditoriale, mais ils partagent tous les trois un grand intérêt pour le sujet. Nous avons choisi de publier cette année en français sur le blog RELIA et dans les différentes langues disponibles sur les blogs multilingues d’UNOE et de EUniWell. Mais pour une opération de cette importante, il a été essentiel de travailler en équipe et de pouvoir se secourir quand nécessaire.
Quelques éléments techniques
L’objectif de publier chaque article dans au moins trois langues a été atteint. De façon systématique, avec l’aide de l’IA (DeepL pro) nous avons obtenu des versions de travail en anglais, français et espagnol. Nous avons ensuite pu bénéficier de lectures attentives de la part des un·es et des autres. Cela reste cependant un exercice périlleux : dans certains cas, les termes techniques retenus (et en particulier les termes juridiques) pourraient encore être améliorés.
Nous avons bien entendu été attentif·ves à la question des licences des images. En choisissant systématiquement des images libres de droit. A ce titre, nous souhaitons également remercier la plateforme The Greats – Fine Acts ainsi que les artistes qui y partagent leurs œuvres sous licence CC BY-NC-SA, et qui nous ont permis d’illustrer chacun des articles de cette série.
Et nous avons aussi eu à gérer la question des images générées par IA. En suivant le pertinent avis de Rory McGreal (voir l’article sur la légalité), ces images doivent être considérées comme étant dans le domaine public. Mais nous n’avons pas osé franchir systématiquement le Rubicon d’y apposer une licence CC0.
Qu’avons-nous appris ?
En réalité, nous avons surtout été conforté·es par la pertinence de notre modèle. Comme l’an dernier, nous avons invité un grand nombre d’expertes et experts à enchérir lorsque la liste des thèmes serait partagée. Et comme l’an dernier, les thèmes -qui étaient des obstacles- sont “partis” très vite. La possibilité de partager l’écriture avec des auteur·es qui ne se connaissaient pas forcément a donné lieu à des collaborations trans océaniques.
Nos ami·es d’Open Education Global nous ont suggéré d’ouvrir l’appel à contributions. C’était un peu frustrant de ne pas le faire, de ne faire appel qu’à des gens que nous connaissions déjà. Mais nous anticipions déjà qu’il allait nous falloir, parfois, discuter avec les auteur.es, leur demander des efforts supplémentaires.
Nous avons continué à explorer le multilinguisme. Nous avons aussi vu que ce format convenait aux lecteurs et aux lectrices mais aussi aux auteur·es : une règle essentielle est que chacun·e avait le droit d’écrire dans sa langue. C’est un sujet de controverse : nombreux·ses sont celles et ceux qui pensent qu’il existe une lingua franca et que tout le monde doit pouvoir s’exprimer dans cette langue. Avec l’aide de l’IA, éventuellement. A la Chaire, nous ne voyons pas les choses comme ça et avons eu cette année, justement, le cas d’un article d’abord écrit en anglais, puis, à notre demande, réécrit dans la langue des auteur.es, et bien meilleur dans sa seconde version.
Nous avons aussi innové cette année en proposant une Newsletter bilingue à laquelle on pouvait s’inscrire sur toute la durée de l’opération afin de recevoir un mail à chaque publication d’article. Plus de cinquante inscriptions à celle-ci !
Mais qu’avons-nous appris, de plus ?
Tout d’abord, et ce n’est pas une surprise, que la communauté de l’Education Ouverte est riche d’idées, d’analyses, de travaux de recherche. En posant nos sujets cette année sous forme de seize mots clé, un par obstacle, nous pensions avoir marqué le territoire et prévu toutes les possibilités. En réalité, nos auteur.es ont plus qu’enrichi les idées originelles que nous avions imaginées.
Nous avons également été conforté·es par l’importance qu’il faut accorder à la recherche. Le mot “partage” existe depuis longtemps et a souvent été associé à la question des REL. On peut lire des articles datant d’une vingtaine d’années où certaines difficultés évoquées ici ont déjà été analysées. On aurait donc pu penser que nous allions revisiter des questions connues avec des réponses très explorées. Il n’en est rien : les analyses de 2026 reposent sur des résultats récents, sur des technologies d’aujourd’hui, sur les nouveaux outils que nous avons vu arriver ces dernières années. Nous notons cependant qu’une part substantielle de la bibliographie est en langue anglaise.
Nous prenons cela pour un défi : avons-nous, aujourd’hui, assez de chercheur.es qui regardent en langue française les questions posées par l’éducation ouverte ? La réponse est clairement non. C’est pour cela que cette année 2026 nous avons lancé une série de webinaires en langue française.
Les seize articles proposés ont de nombreux sujets partagés. Les angles sont différents, les références vont dépendre des contextes locaux, mais quelques sujets forts sont traités.

La question de la reconnaissance
Souhad Shlaka a analysé la difficulté de concilier partage et compétition. Dans son Université comme dans tant d’autres, la mise en concurrence est voulue et, bien entendu, freine le partage. Elle nous propose des débuts de solution. Puissent les institutions l’écouter !
Certains de ces mécanismes de reconnaissance sont analysés par Luc Massou (sur le thème de la gratitude). Pour lui, le partage de la recherche est centrifuge tandis que les mécanismes du partage des ressources éducatives sont d’ordre centripète. Il faut donc convenir qu’on ne remercie pas de la même façon ces partages.
Javiera Atenas et Leo Havemann ont trouvé un titre qui a beaucoup intrigué les lecteurs : ils sont partis du constat que les universitaires partageaient volontiers leurs résultats de recherche, mais beaucoup moins leurs cours. Comme pour d’autres, ils demandent un changement de paradigme pour permettre aux universitaires d’être réellement gagnants à partager.
Les articles optimistes
Certains ont choisi de partager comme un acte de foi. C’est le cas de Marcela Morales qui nous confirme que nous sommes bien entendus tous légitimes à partager. C’est aussi celui de Zoltan Lantos dans sa réponse au défi de la réciprocité, et qui raconte l’histoire d’une de ses REL. Celle-ci donne l’impression de prendre vie… et donc bien entendu de s’émanciper. Derrière son témoignage on devine la question qu’il nous faudra bien aborder un jour : comment une ressource éducative libre, intimement associée à un (ou une, ou des) auteur peut devenir un commun numérique au sens de la déclaration de Dubai. C’est aussi l’optimisme qui pousse Pierre-Antoine Gourraud à partager et qui nous dit : Le vrai danger ? Ce n’est pas le pillage. C’est le gâchis. Alan Levine a choisi l’obstacle de l’ingratitude mais nous lance plutôt un message de gratitude et note que même si les gens qui prennent ses photos peuvent le faire sans rien dire, ils choisissent souvent de remercier.
Le Nord et le Sud
Le Sud est très représenté parmi nos auteurs et autrices. Et si parfois les problèmes sont les mêmes qu’on peut trouver en Europe ou en Amérique du Nord, ce n’est pas toujours le cas.
Le thème de la nécessaire décolonisation des savoirs est analysé sans complaisance par Mpine Makoe, Darrion Letendre et Robert Lawson… Il aurait aussi pu être au centre de la question de la découvrabilité : mais Benedetta Calonaci et Alessandra Gammino ont choisi un autre angle, celui des documentalistes et des bibliothécaires.
Les REL, c’est mieux quand on travaille en équipe
Mais peut-être la leçon principale de cette série est que le collectif doit primer. Concevoir un REL et la diffuser ne peut plus, en 2026, être la mission d’un ou une collègue isolé·e. Il faut travailler à plusieurs, en réseau, en mettant en place des infrastructures. C’est bien entendu le message porté par Sophie Depoterre, José-Miguel Escobar-Zuniga, Paul Lyonnaz et Nadia Villeneuve, qui à Louvain, Laval, Nantes et Sherbrooke sont en train de construire les outils qui permettent au collectif de s’exprimer. C’est aussi le modèle sous-jacent en Afrique du Sud et promu par Dorothy Laubscher dans son article répondant au défi de la naïveté. Pour Barbara Class, Henrietta Carbonel et Mathilde Panes c’est pour faire face aux défis techniques qu’il faut s’organiser et systématiser son approche.
Virginia Rodés et Regina Motz nous rappellent quelque chose d’essentiel : “les REL ont transformé l’accès à la connaissance et restent essentiels dans un monde où des millions d’étudiants manquent encore de supports pédagogiques abordables et fiables.” Leur article est une conversation entre deux enseignantes.
Latifa Chahbi, Loubna Terhaz, Khalid Berrada et Alan Levine nous rappellent que la peur du jugement de l’autre a toujours été un obstacle au partage. Ils font dans leur article appel à Michel Foucault pour analyser cette difficulté. Mais pour eux, l’éducation ouverte peut transformer le regard en situant chaque expérience éducative et en offrant des environnement sécurisés de partage.
La question de l’intelligence artificielle a été abordée dans deux articles. Par Rory McGreal pour analyser la question des droits, de la légitimité, par Fawzi Baroud et Mitja Jermol pour nous dire qu’il faut absolument continuer à partager, malgré l’IA (la question posée était celle de l’utilité). A cause de l’IA, même. Ces articles ont été particulièrement relayés : il est clair que la question de l’IA intéresse. Nous pensons et espérons que ces articles donnent des réponses très positives !
Enfin, nombreux sont les articles qui indiquent l’importance de l’institution. Une institution qui soutient, par des mécanismes de reconnaissance, qui met en place des structures d’appui, qui valorise l’éducation ouverte, cela devient indispensable.
Partageons
Une opération sur le partage,… ça se partage.
Nantes Université l’a fait : comme cela a été rappelé lors de l’inauguration du mois de l’Education Ouverte, la question de l’Éducation Ouverte marque aujourd’hui l’identité de Nantes U. Et la Fabrique REL est le type de structure qui va jouer un rôle primordial dans la construction des outils de partage du futur.
UNOE (UNITWIN Network in Open Education) a maintenant trouvé une vraie place à l’UNESCO. Le réseau s’agrandit, les prises de position et les opérations diverses permettent de travailler globalement.
EUniWell vient de se doter d’un observatoire de l’éducation ouverte : ce petit comité scientifique doit permettre de mieux analyser les liens entre éducation ouverte et bien-être.
Toute l’équipe éditoriale des seize obstacles remercie enfin les lecteurs et les lectrices. Sans qui, au fond, tout ceci n’aurait que peu d’intérêt : dans un partage, les deux parties ont un rôle.
Colin de la Higuera, Solenn Gillouard, Lucie Grasset et Erwan Louërat
- Colin de la Higuera est titulaire de la Chaire RELIA à Nantes Université
- Solenn Gillouard est éditrice du Blog du réseau UNITWIN UNOE
- Lucie Grasset est éditrice du blog de la Chaire RELIA
- Erwan Louërat est éditeur du blog d’EUniWell